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Le pays s'en sort bien

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Le pays s'en sort bien

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30/05/2012

OCDE Notre ex-Premier se penche sur la situation de la Belgique

Notre ex-Premier ministre recevait, ce mardi, à Paris, Hendrik Bogaert (CD&V), secrétaire d'État à la Fonction publique. L'occasion d'un tour dans son bureau, décoré de quelques dessins de Pierre Kroll et d'une gravure de la maison communale d'Ypres. En « sage », en « grand voyageur », Yves Leterme se penche sur la situation de la Belgique.

Vous ne vous ennuyez pas à l'OCDE ?
Non ! Je craignais au début que l'adrénaline de la rue de la Loi me manque, mais ça va très bien. Mais bon, ici, on a peu de nouvelles de la Belgique, il n'y a pas de journaux belges, on parle peu de la Belgique à la télévision, à part peut-être sur TV5, mais ça va bien. Cela dit, le plus dur, ce sont les missions très nombreuses, cela pose des problèmes pour le sommeil avec les décalages horaires.

À ce point-là ?
Mon programme est très rempli. Je vais d'abord à Thessalonique, cette semaine. La semaine suivante, je suis à Barcelone et Reykjavík, la semaine d'après je suis au Canada et aux Etats-Unis, puis je dois aller en Slovénie, en Corée du Sud. Tout cela en quatre bonnes semaines. Je vois le monde d'ici et je vais partout, c'est intéressant, très rafraîchissant d'avoir cet autre regard.

Et votre regard sur la Belgique ? Ça ne va pas ? Terne, le pays ?

Non, non, la Belgique ne s'en sort pas trop mal par rapport à d'autres pays. Grâce à un accord social généreux négocié pour la période 2008-2010, où l'on a dépensé plus de deux milliards d'euros, on a créé un matelas pour contrer les effets de la crise, on a soutenu le pouvoir d'achat et la confiance des consommateurs. La réduction de la TVA dans la construction et le chômage temporaire ont eu un effet très bénéfique. Et vous savez, l'Europe est en crise, c'est vrai, et la Belgique n'y échappe pas, mais il y a d'autres pays dans le monde qui ont de fameux problèmes à résoudre.

Par exemple ?
La Chine commence à souffrir du vieillissement de sa population, après sa politique de l'enfant unique. La Russie a des problèmes de dépendance énergétique. Et le Brésil a des difficultés avec sa main-d'ouvre jeune. Tous ces pays ont connu une forte croissance, ces dernières années, mais vont aussi devoir entreprendre des réformes pour maintenir leur prospérité.

Vous voyagez partout, vous voyez des réformes qui pourraient s'appliquer chez nous ?
Je pense vraiment qu'il faut que nous élargissions notre notion de compétitivité.

C'est-à-dire ?
En Belgique, on focalise tout le débat sur le coût salarial et la hausse de ce coût. Et c'est un élément important, c'est vrai. Mais ce qu'il faudrait faire aussi, je crois, c'est créer un environnement qui permette aux entreprises d'investir dans une perspective de plus long terme, au lieu de chercher la distribution de dividendes et le revenu à court terme. C'est cela qui donnerait une économie belge plus mûre. Je pense que c'est dans cette direction qu'il faut faire évoluer le débat sur la compétitivité.

Quand même : vous faites partie d'une organisation qui prône sans cesse une réforme de l'indexation des salaires en Belgique.

Je suis constant, et je le dis ici à l'OCDE : je crois qu'il faut regarder le coût salarial dans sa globalité et l'indexation automatique est un des éléments qui met de la pression sur ce coût. Il faut regarder la position de la Belgique par rapport aux pays voisins, et je crois qu'il y a matière à réfléchir concernant un certain lissage de l'index, ou une révision du panier qui le compose. D'un autre côté, je le dis aussi à l'OCDE : l'indexation, telle qu'elle est conçue en Belgique et au Luxembourg est un élément stabilisateur. Je crois que les consommateurs savaient que des éventuelles pertes à cause de l'inflation seraient compensées dans leur salaire, cela a contribué à stabiliser l'économie et renforcé leur « confiance », plus que dans d'autres pays, même des pays voisins.

Les taux belges sont repassés sous les 3 %. Certains disent sérieusement que c'est grâce à votre emprunt public, lancé au plus fort de la tempête financière, juste avant votre départ.

Ah bon ? Je n'ai pas entendu cela. Mais je ne sais qu'une chose : cet emprunt, on en a parlé dans les autres pays. Cela a été un signal vers les marchés : s'ils continuaient à exagérer, la Belgique pouvait se passer d'eux. En partie, en tout cas, n'exagérons pas. Vous savez, je vois beaucoup de pays, mais la Belgique en est un où la population est en moyenne très riche et l'État est pauvre. Il y a beaucoup de pays où c'est le contraire. Je préfère notre situation.

Vous reviendrez dans la politique belge ? En 2014 ?
C'est prématuré. Je suis ici et ça se passe bien. Et il faudra me donner de très sérieux arguments pour que je revienne.


© 2012 Le Soir

 

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