Discours du Premier ministre Yves Leterme lors de l'élection "Manager de l’Année"
13/01/2011
Lors de la remise du prix du Manager de l’année, la tradition veut que le Premier ministre analyse la situation économique et laisse entrevoir les grandes priorités politiques de l’année à venir. Cette année encore, je respecterai la tradition. Toutefois, vous serez certainement d’accord avec moi pour dire que cette année, je prononce ces mots dans un contexte politique et institutionnel très particulier. Toutefois, l’environnement économique n’est pas resté immobile ces 7 derniers mois et, si la conjoncture économique est jusqu’à présent favorable, les défis politiques ne se sont pas pour autant évaporés. S’agissant de la croissance économique, la Belgique clôture l’année 2010 dans le peloton de tête de la zone euro, aux côtés de l’Allemagne et des deux autres partenaires du Benelux, les Pays-Bas et le grand-duché du Luxembourg. Les activités commerciales ont repris, la confiance des consommateurs et des producteurs a augmenté. Ce succès économique relatif et cette restauration de la confiance sont le fruit de différents facteurs : sur le plan international, le rétablissement du commerce mondial a été influencé par la forte croissance enregistrée en Allemagne et en Asie du sud-est. Au niveau belge, la confiance des citoyens et des entreprises a été stimulée par une politique de relance effective, représentant une haute valeur ajoutée pour un coût limité. L’accord interprofessionnel 2009-2010 lui a donné une belle impulsion via des réductions de charges supplémentaires – pour un montant de 1,1 milliard – et des mesures complémentaires de relèvement du pouvoir d’achat, entre autre l’accélération des remboursements d’impôts pour plus de 700 millions d’euros. Cette augmentation du pouvoir d’achat a soutenu la demande intérieure. La demande extérieure est partie à la hausse grâce à la reprise de l’économie mondiale avec mention spéciale pour le rôle joué par l’Allemagne. Encouragés par la réduction des charges, les entreprises et les entrepreneurs sont parvenus à relancer leur production et à répondre ainsi à la demande et aux nouvelles opportunités. Tout ceci s’est dès lors traduit par une hausse de la croissance économique. Sur l’ensemble de l’année 2010, l’économie aurait connu une croissance de 2,1%. S’agissant des investissements directs étrangers, nous avons également pu rompre avec la tendance négative de 2009. Amcham nous a par exemple annoncé que les investissements directs américains en Belgique avaient connu une croissance rapide en 2010 après leur chute lors de la crise économique. J’en conclus donc que, si les marchés financiers et les répliques de la profonde crise de confiance obscurcissent très certainement le ciel de l’économie réelle, il n’en demeure pas moins que l’année 2010 est surtout l’année de la relance où une succession de malheurs a fait place à un optimisme prudent. Mesdames et Messieurs,En ce moment, l’on épingle trois défis politiques majeurs. Les négociations en vue d’une réforme de l’Etat qui doivent normalement être suivies des négociations à proprement parler en vue de la constitution d’un nouveau gouvernement fédéral, l’assainissement des finances publiques et la conclusion d’un accord interprofessionnel 2011-2112. Les négociations en vue d’une réforme de l’Etat brassent des thèmes importants pour les entrepreneurs, tels que le fonctionnement du marché du travail. Vous comprendrez que je ne ferai aucun commentaire sur le contenu de ces négociations. Côté timing, je tiens juste à rappeler que l’on ne négocie pas dans le vide. Les marchés financiers sont inquiets par rapport à la santé des finances publiques en Europe et demandent que des mesures soient prises pour améliorer les soldes budgétaires. C’est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement en affaires courantes souhaite prendre des initiatives afin de mettre également le budget 2011 sur la bonne voie. La croissance économique renfloue fortement les recettes et freine les dépenses, agrandissant de la sorte tout effort budgétaire consenti. C’est grâce au budget 2010-2011 et au contrôle rigoureux des dépenses en affaires courantes que le gouvernement fédéral est parvenu à clôturer l’année 2010 avec un solde de -3,5%. Ce faisant, nous avons atteint l’objectif fédéral de 2011 avec une année d’avance. Et en un an, nous avons réalisé une amélioration de 1,5% du PIB. Cette amélioration du solde a permis à notre dette de n’augmenter que de 1% du PIB pour atteindre 97,2%. La croissance de l’endettement de la Belgique est la plus faible de l’ensemble de la zone euro.Dans les semaines à venir, le gouvernement en affaires courantes se penchera sur 2011 en préparant la confection budgétaire tout en étudiant les initiatives qui peuvent être prises afin de ramener le déficit sous les 4,1 % du PIB. C’est à cette fin que Guy Vanhengel et moi-même avons, dès le 30 décembre, demandé au Bureau du plan de produire un budget économique actualisé d’ici le 26 janvier et que nous avons décidé ce matin de charger le comité de monitoring de réaliser, pour le début du mois de février, un nouvel aperçu de la situation budgétaire en 2011. Si, dans l’intervalle, un accord de gouvernement devait encore faire défaut, nous déciderions alors des initiatives permettant de ramener dès cette année le déficit global sous les 4%, un objectif que j’ai déjà annoncé en novembre.Parmi les autres conditions importantes pour un climat économique favorable, citons le fait que les partenaires sociaux doivent pouvoir aboutir à un accord interprofessionnel équilibré. Pour l’heure, ils poursuivent leurs activités en toute discrétion. Outre les accords classiques en matière de salaires et d’adaptations au bien-être, les négociations entre partenaires sociaux portent sur les éléments d’accord acceptables en matière d’harmonisation des statuts des ouvriers et des employés. C’est un dossier extrêmement ardu : dans un cadre budgétaire – je le répète – neutre, il s’agira de trouver un équilibre entre d’une part la compétitivité des entreprises et d’autre part la protection sociale des travailleurs. A la fin de l’année dernière, le gouvernement et le parlement ont maintenu intactes les chances de la concertation en prolongeant d’un mois les mesures anti-crise.Ce n’est que si l’ensemble des acteurs consentent à un effort particulier qu’un nouvel AIP pourra voir le jour. La situation budgétaire étant ce qu’elle est, cet accord ne pourra en outre être « facilité » par des moyens publics. C’est pourquoi je tiens à profiter de l’occasion pour remercier les partenaires sociaux pour les efforts déjà consentis et les encourager à continuer de faire preuve d’un sens aigu des responsabilités. Un budget suivi de près et un bon accord interprofessionnel sont certes nécessaires mais pas suffisants. Ce pays a besoin de réformes supplémentaires pour concrétiser la croissance économique et sauvegarder les finances publiques. Le déficit de 4,6% ne constitue pas le plus grand problème de la Belgique, pas plus que son taux d’endettement de 97,2 % en 2010. Le problème majeur qui se pose est qu’un nombre insuffisant de personnes sont actives sur le marché de l’emploi et que le potentiel des femmes, des personnes peu qualifiées, des jeunes, des immigrés et des personnes âgées n’est pas pleinement mis a profit sur le marché de l’emploi. Une hausse du nombre de travailleurs se traduit par une amélioration de la prospérité, une augmentation des recettes et une diminution des dépenses en matière de chômage. L’amélioration du fonctionnement du marché du travail incarne donc le défi par excellence. Mais, comme je l’ai déjà souvent répété, si l’autorité garantit les conditions périphériques nécessaires, elle n’est pas le moteur de l’économie. Le moteur de l’économie, c’est bel et bien l’entrepreneuriat. Ce sont les entrepreneurs qui font l’économie. Sans managers intelligents, la confiance restaurée n’aurait pas mené à une hausse des ventes, à des investissements supplémentaires, ou encore à la réactivation de lignes de production. C’est ce à quoi le jury de cette édition du Manager de l’Année a été particulièrement attentif : il a passé au crible ces managers qui, l’an dernier, sont parvenus à réaliser un revirement remarquable, une expansion poussée ou une rénovation stratégique (ou encore une combinaison de ces trois facteurs). Dans ce cadre, la durabilité aussi était un critère important. Bref, ont été nommés pour le prix de Manager de l’Année ces managers qui, avec leur entreprise, sont arrivés à traverser la crise et qui sont surtout parvenus à tirer parti des opportunités de relance offertes en 2010.