Discours de Yves Leterme Ministre des Affaires étrangères lors de la 64eme Assemblée Générale des Nations Unies
27/09/2009
Monsieur le Président,
Rien ne se crée sans les hommes. Rien ne dure sans les institutions. Ces paroles deJean Monnet, l'un des fondateurs de l'Union européenne, ont gardé tout leur sens.La sécurité, le changement climatique, certains effets de la mondialisation sont desdéfis auxquels l'ensemble e »es pays sont confrontés. C'est pourquoi ils requièrentune approche mondiale qui réserve un rôle central à l'Organisation des NationsUnies.Mais ce rôle, il faut que l'ONU le mérite. Comme le disait ici le président BarackObama, on ne peut à la fois se plaindre de l'action unilatérale des Etats-Unis et enmême temps attendre qu'à eux seuls, ils résolvent les problèmes du monde.C'est dans cet esprit que j'entends plaider pour un nouvel engagement multilatéral.La réforme de nos institutions internationales est capitale pour renforcer leurlégitimité, leur représentativité et leur capacité d'action.Rien ne se fait sans les hommes, rien ne dure sans les institutions. Il faut dès lorsque ces institutions fonctionnent de façon efficace, à commencer par les NationsUnies. Il est absolument primordial de progresser rapidement dans la réforme duConseil de Sécurité et du fonctionnement de l'Assemblée générale.
Rigueur et transparence
En effet, il est urgent d'augmenter l'efficacité de notre propre fonctionnement. Uncoup d'oeil à l'organigramme du système onusien suffit pour en découvrir leschevauchements, mais aussi les lacunes.C'est par attachement à la Charte des Nations Unies, que la Belgique, l'un des paysfondateurs, plaide avec insistance pour plus de rigueur et plus de transparence dansle fonctionnement et le budget de l'ONU, afin d'utiliser au mieux les moyenslimités.
Un multilatéralisme inclusif
Outre le morcellement de notre système onusien, deux autres tendances démontrentque nous avons besoin d'un engagement multilatéral renforcé.La première est la multitude d'organisations régionales et sous-régionales, presquepartout dans le monde. C'est vrai que cela enrichit la coopération multilatérale.Mais les institutions régionales et mondiales souffrent parfois d'un manqued'harmonisation. Une meilleure concertation doit dès lors permettre un meilleurusage des moyens des uns et des autres.La deuxième tendance, je la résumerais en utilisant le terme « multilatéralismeimparfait». Des Etats se regroupent informellement pour aborder des problèmesinternationaux tels que la crise économico-financière. Ces groupes informelspeuvent, dans un premier temps, accélérer la prise de décision au sein desorganisations multilatérales internationales. Mais ils ne peuvent pas se substitueraux organisations elles-mêmes. Le multilatéralisme ne doit pas exclure; aucontraire, il doit inclure et être transparent.
La violence : le plus grand désordre international
Rien ne dure sans les institutions. Mais même les institutions les mieux organiséesne peuvent fonctionner sans l'inspiration et la volonté humaines. Même lesinstitutions les mieux organisées sont impuissantes lorsque les hommes lesempêchent de fonctionner. La crise économique et financière reçoit une grandeattention, et c'est bien normal. Cette crise touche plus durement les pays en voie dedéveloppement. Plus que jamais il est important que les pays donateurs réalisentleur objectif d'aide publique de 0,7 pourcent du PNB. La Belgique a prévud'atteindre cet objectif en 2010.Mais le plus grand désordre international, c'est la violence entre Etats et àl'intérieur de certains Etats, violence qui continue à tuer, à mutiler, à violer desmillions de personnes. Le pire désordre international, c'est encore que des guerres,des guerres civiles, des combats interethniques ou des répressions sanglantesprivent des millions de personnes d'une existence digne ce nom.Ceci est notre tout premier défi car sans la paix, sans la sécurité, il n'y a pas dedéveloppement et encore moins de développement durable. Car sans la paix, sans lasécurité, il n'y a pas de répartition équitable des richesses de notre Terre.Comme le proclame le préambule de l'Acte Constitutif de l'Unesco, les guerresprenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes quedoivent être élevées les défenses de la paix. La prévention des conflits commencedonc par le bannissement de tout discours de haine qui méconnaît la dignitéd'hommes, de peuples, de communautés ou le droit d'Etats à exister. Trop souvent,nous avons vu des bains de sang qui ont été provoqués par l'incitation à la haine.Un tel discours n'a pas sa place dans cette salle, dans cette organisation dont lamission première est de promouvoir la sécurité et la paix, en empruntant la voie dela coopération constructive.
Respecter la dignité humaine
Pour bien fonctionner, nos institutions multilatérales ont besoin de dirigeants et dereprésentants des Etats ayant des positions de base communes, articulées autour dece noyau dur qu'est la dignité unique de chaque être humain. La souveraineténationale implique responsabilité. La Belgique soutient sans réserves le principe dela « responsabilité de protéger » (responsibility to protect). Celui-ci veut que lesgouvernements protègent leurs citoyens contre les génocides, les crimes de guerre,les épurations ethniques et les crimes contre l'humanité. La Belgique remercie lesecrétaire général, Monsieur Ban Ki-moon, pour l'excellent rapport consacré à cethème et soutient pleinement ses efforts en la matière.Ce sont les citoyens et, surtout, les femmes et les enfants qui sont souvent lespremières victimes de violences et de souffrances inqualifiables.Les femmes représentent la moitié de la population mondiale mais l'on oublie tropsouvent que pour elles aussi les droits de l'homme s'appliquent intégralement.Dans les situations de guerre et de violence, les femmes sont souvent doublementvictimes, à cause de la violence sexuelle qui leur est infligée. Mon pays poursuivrason action contre la violence sexuelle et contre toute forme de violence qui vise lesenfants.
Lutter contre la prolifération
Les guerres, ce sont les hommes et non les armes qui les font. Cela n'empêche quele contrôle des armements doit figurer en bonne place dans l'agenda international.La Belgique se réjouit-de la réunion du Conseil de Sécurité au plus haut niveau ausujet de la non-prolifération et du désarmement nucléaire. Cette réunion aindubitablement été un des moments forts de cette semaine. La résolution adoptéehier constitue un jalon pour un monde sans armes de destruction massive.Les dernières nouvelles en provenance d'Iran semblent malheureusement aller ensens inverse. Mon pays lance un appel très pressant à l'Iran et à la Corée du Nordpour qu'ils collaborent avec la communauté internationale et respectent lesrésolutions du Conseil de Sécurité à leur sujet. Sinon, ils se mettront au ban de lasociété internationale.En même temps, la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive nepeut pas nous faire perdre de vue les armes qui, aujourd'hui, tuent en masse. Jepense tout particulièrement aux mines anti-personnel. La Convention qui bannit cesarmes est entrée en vigueur en 1999 et la Belgique espère qu'elle sera renforcéelors de la conférence de révision qui se tiendra vers la fin de l'année à Carthagène,en Colombie.En outre, la Belgique n'a ménagé aucun effort pour que la Convention contre lesarmes à sous-munition voie le jour.
Protéger l'Environnement
Les droits de l'homme sous tous leurs aspects sont une préoccupation majeure de laBelgique. C'est pourquoi elle joue un rôle actif en tant que membre du Conseil desDroits de L'Homme de l'ONU. Je voudrais d'ailleurs à cet égard remercierles membres du Conseil des Droits de l'Homme d'avoir confié à la Belgique laresponsabilité et l'honneur de pouvoir présider cette institution importante. J'y voisune reconnaissance de notre engagement.Finalement, les droits de l'homme concernent aussi les droits des générationsfutures. Nous ne sommes pas propriétaires de cette Terre mais l'avons reçue en prêtde nos enfants. Cet héritage est en danger et c'est pourquoi la protection del'environnement doit être notre souci commun, et prioritaire. Le Sommet sur leclimat prévu pour la fin de l'année à Copenhague est un rendez-vous à ne pasmanquer. Nous devrons y prendre des engagements concrets et contraignants.L'Union européenne a ouvert la voie, forte de son ambitieux paquet de mesuresadoptées fin 2008.
Un ordre juridique international et l'état de droit
Les institutions, vous l'avez compris, ne peuvent fonctionner sans la contributiondes hommes. Il en découle qu'il faut que ceux qui sapent le fonctionnement de cesinstitutions puissent être appelés à rendre des comptes. C'est pourquoi la Belgiqueest particulièrement active en matière de lutte contre l'impunité.Un ordre juridique international s'impose. Mais il ne peut fonctionner que s'ilrepose sur des Etats où règne le droit. Je reviens donc sur la nécessité d'avoir despositions communes qui sont indispensables pour un monde plus sûr, pluséquitable, plus prospère.Comme le disait l'ancien secrétaire-général Kofi Annan : il n'y a pas dedéveloppement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, et tous deuxdépendent du respect des droits de l'homme et de l'état de droit. Renforcer cet étatde droit, tant au niveau national qu'international, est plus que jamais d'uneimportance vitale pour parvenir à une globalisation plus équitable.