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Yves Leterme: «La situation est sous contrôle»

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Yves Leterme: «La situation est sous contrôle»

  • Dans la presse
  • Economie

01/10/2008

Source: l'echo.be
Propos recueillis par Jean-Paul Bombaerts

 

Le Premier ministre Yves Leterme dresse pour «L’Echo» un premier bilan de la tempête qui a secoué le monde bancaire belge ces derniers jours. Pour le Premier ministre, l’engagement de l’Etat n’est pas à fonds perdus. Et les leçons de la crise seront tirées le moment venu.

Bruxelles (L'Echo) - Le Premier ministre Yves Leterme dresse pour «L’Echo» un premier bilan de la tempête qui a secoué le monde bancaire belge ces derniers jours.

Fortis et Dexia sont-elles définitivement tirées d’affaire?

Nous pouvons nous féliciter d'avoir agi rapidement et efficacement. Nous avons tout fait pour que l'activité des institutions concernées puisse se poursuivre. Deuxièmement, nous avons donné à notre intervention une dimension internationale. Et enfin, j'estime que nous avons bien négocié les apports respectifs de chacun. Le paquet pour les deux banques coûte 17,6 milliards d'euros. De cette somme, le fédéral assume 5,7 milliards, dont 4,7 milliards pour Fortis par le biais de la Société fédérale de participation et 1 milliard pour Dexia. Le résultat final, ce sont deux banques recapitalisées, qui peuvent à présent encaisser les coups. Ce sont aussi des milliers d'emplois qui ont été préservés. Sans oublier bien entendu les intérêts des épargnants qui ont été pris en charge. Nous avons fait le nécessaire pour que personne n'ait à craindre pour ses économies. Entretemps, nous continuons, en coordination avec la CBFA, de prendre régulièrement le pouls des deux autres grandes institutions bancaires, dont ING et KBC, même si nous n'observons pas de problèmes aigus chez ces dernières pour l'instant. La situation est sous contrôle.


Qu'en est-il des banques moins visibles, qui ne sont pas cotées en Bourse, Ethias notamment ?

Nous avons discuté du dossier Ethias, actionnaire chez Dexia à hauteur de 7%, dans la nuit de lundi à mardi. Et nous avons pris un certain nombre de mesures pour qu'Ethias soit à l’abri des turbulences actuelles.


Quelles sont ces mesures ?

Il faut poser la question à la direction d'Ethias. Nous avons fait ce qu'il fallait faire. Et par le biais de la CBFA, nous maintenons un oeil attentif sur l'ensemble du paysage bancaire belge. Je pense que le pire de la tempête est passé. Mais ne crions pas victoire trop rapidement.


Avez-vous des garanties comme quoi les deux banques que vous venez de sauver vont continuer à fournir du crédit aux entreprises et aux particuliers à des conditions normales ?

Avec 11,2% du côté de Fortis et 6,4% pour Dexia, on peut parler d'une injection de capital très significative. De quoi en tout cas permettre à ces institutions de fonctionner au moins aussi bien que les autres banques et, dès lors, d'assumer pleinement leur rôle dans l'économie du pays. Pour le reste, c'est chacun son métier.


En tant qu'actionnaire important, allez-vous exiger des changements au niveau du management de Fortis et de Dexia ?

La situation actuelle n'est pas prévue pour durer des semaines. Dans les prochains jours, nous prendrons une décision concernant la présidence de Fortis et de Dexia, ainsi que pour le poste de CEO de Dexia, en concertation avec le gouvernement français.


On cite déjà le nom de Luc Vandewalle chez Fortis.

Il est prématuré de citer quelque nom que ce soit.


Quels enseignements tirez-vous de la crise au niveau de l'action des autorités de surveillance ?

Il faut d'abord féliciter et remercier la CBFA et la Banque nationale pour leur action ces derniers jours. Mais il est clair qu'il faudra ultérieurement évaluer la façon dont le contrôle prudentiel s'est réalisé et en tirer les enseignements nécessaires. S'il y a matière à amélioration, nous prendrons nos responsabilités. Ce qui compte aujourd'hui, c'est que la CBFA fonctionne et, grâce à la loi de 2002, elle fonctionne même mieux que dans bien d'autres pays. Les signaux qu'elle émet sont pris très au sérieux par nos services, afin de pouvoir agir rapidement et fermement comme nous l'avons fait jusqu'à présent. Au niveau international, nous sommes disponibles pour participer à un processus d'évaluation plus large. Le point devra être inscrit à l'agenda européen, tout en s’en tenant au principe de subsidiarité. Chaque Etat exerce son propre contrôle prudentiel, mais cela n'exclut pas une amélioration des processus d'échange de données.


Comment allezvous expliquer aux gens que deux grandes banques ont été sauvées du désastre, mais qu'il sera difficile de faire quelque chose pour le pouvoir d'achat des ménages ?

A nouveau, sur les 17 milliards d'euros injectés pour Fortis et Dexia, l'Etat fédéral n'a mobilisé que 5,7 milliards sous la forme de participations. Ce montant n'est donc pas inscrit au budget 2009. De plus, ce n'est pas un financement à fonds perdus. C'est un investissement réalisé sur base d'emprunts et nous comptons bien récupérer notre argent. Cet investissement doit générer des revenus sous la forme de dividendes. Les mesures coûteront sur base annuelle quelques 235 millions d'euros à partir de l’année prochaine, soit 195 millions en intérêts sur le capital emprunté pour Fortis et 40 millions en intérêts également pour Dexia. Nous devrions en principe récolter suffisamment de dividendes pour compenser l'effort financier qui sera fourni.


Il reste que la confection du budget 2009 ne s'annonce pas facile.

Soyons clairs : nous n'allons pas dépenser l'argent que nous n'avons pas. Je suis du reste favorable à une norme très stricte au niveau des dépenses primaires. Mais même s'il existe très peu de marges, j'estime que sur une masse de 36 milliards d'euros, on peut encore intervenir pour obtenir quelque chose. Le Bureau du Plan parle de 28.000 nouveaux emplois seulement l'an prochain à politique inchangée : il faut faire quelque chose. En même temps, il faut préserver la compétitivité des entreprises. Sans oublier que nous avons pris des engagements pour la liaison des allocations au bien-être. Ce sont des engagements que nous devons honorer. Le budget sera une opération-vérité.


Cette crise a-t-elle changé l'atmosphère au sein du gouvernement ?

Je tiens d'abord à rappeler que ces derniers mois, en dépit des observations sarcastiques entendues ça et là, nous avons bel et bien gouverné. Nous avons pris des mesures qui ne sont pas nécessairement sexy, mais qui ont des implications concrètes dans la vie des gens : le suivi budgétaire, le soutien aux malades chroniques, la conclusion d'une convention collective dans la fonction publique, etc. Ensuite, tous les observateurs s'accordent pour dire que la crise a été bien gérée par le gouvernement qui a fait preuve d’une grande cohésion. A cela s'ajoute que depuis le congrès du CD&V le week-end dernier, nous sommes dans un contexte communautaire nouveau. Nous avons la possibilité aujourd'hui d'avancer vers la conclusion d'un bon accord communautaire. Je reste convaincu qu'une meilleure répartition des compétences est nécessaire pour notre économie. Le communautaire et le socio-économique ne sont pas antinomiques.

 

 Source: l'echo.be
Propos recueillis par Jean-Paul Bombaerts

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