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« Un plan pour amortir le choc de la crise »

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« Un plan pour amortir le choc de la crise »

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18/10/2008

Politique Après l'urgence financière, place à une seconde phase « Un plan pour amortir le choc de la crise » Le Premier ministre, Yves Leterme, veut une action concertée avec les Régions pour limiter la casse. Et davantage.

Source: Le Soir


La tempête financière n'est pas encore finie que pointe la crise économique. Dans ce contexte, le Premier ministre, fort de sa gestion du chaos bancaire des dernières semaines, défend son budget 2009, et annonce une « seconde phase » pour relancer notre économie.

Dans votre discours au parlement mardi, vous avez dit : « Nous vivons la crise financière la plus grave depuis cent ans ». Plus grave que 1929 ?

Oui, car, à différence du krach de 1929, ici, avec la globalisation, la crise s'est étendue à une rapidité incomparable. Dans les années 30, la situation évoluait de mois en mois, aujourd'hui, d'heure en heure, voire de minute en minute. Je l'ai vécu ici même récemment, dans mon bureau, avec Jean-Claude Trichet, directeur de la Banque centrale européenne, qui vérifiait sans cesse l'évolution des marchés sur son GSM.

Cela étant, pour les gens, 1929, cela représente autre chose que ce changement de rythme que vous décrivez, mais une « dépression » économique et sociale…


Mais j'en suis conscient… On va lutter contre cela, mais on est à un fil d'une crise économique grave. Les problèmes de liquidités pour les banques, et les problèmes vis-à-vis des déposants, vont se transformer en difficultés pour les entreprises, les PME, les indépendants, l'activité économique en général, les crédits à l'exportation… C'est à ce niveau que la crise va se faire sentir maintenant.

On peut limiter les dégâts ?


On peut fortement limiter les dégâts. Nous sommes encore dans la phase « gestion de la crise bancaire », où nous avons réagi très rapidement. En précurseurs. La Belgique fait figure d'exemple parmi les partenaires européens pour sa façon de contrer la crise financière. Mais là, nous entrons dans une seconde phase.

Seconde phase ?

Très vite, il va falloir dresser l'inventaire précis des actions publiques qui pourront limiter les dégâts. J'en ai discuté avec les collègues du gouvernement vendredi en « kern ». Nous allons agir rapidement. Cet inventaire sera établi dès les prochains jours. Je pense aux garanties sur les crédits à l'exportation, aux facilités bancaires… J'ai invité Philippe Maystadt à venir mardi au comité ministériel restreint pour expliquer l'intervention de trente milliards d'euros de la part de la Banque européenne d'investissement, qu'il dirige. Nous devons ramasser toutes les données, et faire en sorte que cela se traduise par des effets positifs pour nos entreprises. Nous allons travailler à cela avec les interlocuteurs sociaux, et avec les Régions. Cette concertation aura lieu dans les huit ou dix jours.

Il s'agit de limiter la casse ou d'un vrai plan de relance ?

C'est plus que limiter la casse. Ce sera dur : la Belgique a une économie très ouverte, très exposée aux conditions extérieures…

Et très petite…

Non, là, je ne suis pas d'accord : la Belgique est le 20e pays exportateur au monde, la 20e puissance économique sur 200. Dans l'Union européenne, nous occupons un très bon rang. Vous savez, je suis persuadé que les Belges vont moins souffrir que certains voisins européens, parce qu'on va prendre les mesures économiques à temps. Aussi parce que nous avons eu une approche anticyclique pour confectionner notre budget 2009.

Anticyclique ? Expliquez.

Oui. Il y a toujours eu une gestion trop cyclique des finances publiques chez nous. En gros : quand ça va mal, on prend des mesures d'économie qui touchent la population ; quand ça va bien, on lâche la bride…

Pas de budget d'austérité, c'est donc un choix politique…

Oui. Il fallait réaliser un budget très délicat, mais sans porter atteinte au pouvoir d'achat, et sans augmenter la pression fiscale.

Vous parlez d'un budget « anticyclique », alors qu'on a surtout le sentiment d'un budget ric-rac, minimaliste à côté des enjeux socio-économiques…

Je m'inscris en faux. Notre budget 2009 est un élément très important dans la gestion de la crise. Les observateurs se sont exprimés un peu vite ; une heure à peine après la déclaration, j'entendais déjà des critiques !

Mais la « relance » n'est pas dans ce budget 2009, quand même…

Elle y est, dans le sens où l'on n'aggrave pas la situation : on a pris l'argent dans des réserves publiques ou semi-publiques notamment, sans frapper le pouvoir d'achat, ni la compétitivité des entreprises. Un choix stratégique.

Donc, ce budget 2009 préparait la « seconde phase » que vous annoncez, celle de la relance…

Je n'utiliserais pas ce mot « relance ». Nous ne sommes pas encore sortis de la crise financière. Les choses restent imprévisibles. La relance économique, elle viendra plus tard. La « seconde phase » consiste à réunir tout le monde, partenaires sociaux, Régions, pour faire l'inventaire précis des mesures à prendre.

Un peu une boîte à outils en vue d'une relance ?

Oui. Nous devons renforcer la capacité des entreprises à réagir à la crise. Il s'agira d'un paquet de mesures qui devront garantir la capacité de réaction de notre économie face à la crise.

Dans quel délai ?

Ce ne sera pas un plan en quarante ou cinquante mesures qui tombera comme ça, un jour. Il se dessinera semaine après semaine.

Avec des mesures pour les gens ?

Mais il y a déjà plus de deux milliards d'euros pour les gens dans le budget 2009 : l'indexation des barèmes fiscaux, 800 millions d'euros pour le pouvoir d'achat…

Vous parlez d'un budget anticyclique… Ce n'était pas l'option du VLD, qui a poussé à des économies, à réduire le financement des soins de santé…


Chaque parti s'est profilé dans ses domaines de prédilection. Le VLD aussi était anticyclique, mais avec d'autres moyens : le fiscal plutôt que le social.

Vous restez opposé à l'idée de délacer un peu la ceinture budgétaire pour opérer des politiques de relance économique ?

Nous devons être le plus rigoureux possible. Il faut savoir que la crise économique aura un impact négatif sur le solde budgétaire. Le pacte de stabilité prévoyait un surplus de 0,3 % du PIB, sur la base d'une croissance de 2,2 %. On a fait le budget en tablant sur un taux de croissance 1,2 %… Mécaniquement, on peut évaluer l'impact budgétaire à – 0,48 %, ce qui nous porte en négatif : – 0,2 % de déficit, environ. Si les prévisions du FMI se vérifient, qui parle, lui, d'une croissance de 0,3 % seulement, on aura un déficit de 0,5 %. Bref : tout le monde doit comprendre que la chute de la croissance a un effet mécanique sur le déficit public, que nous devons absolument limiter, si nous voulons arriver à combler le retard avec les autres pays en termes d'endettement. Par comparaison : notre dette s'élève à 82 % du PIB, elle est de 67 % en France. Mais nous baissons et eux montent. Nous devons poursuivre.

Vous plaidez l'équilibre budgétaire… Les partis d'opposition prétendent, eux, que vous bradez les comptes publics, avec des opérations « one-shot » et autres « trucs »…

Non, je concède qu'il y a des éléments de gestion créatifs dans le budget, par exemple des réserves que nous avons pointées, récupérées, mais il n'y a pas de « trucs ».

Manque l'apport flamand…

A la fin 2008, le gouvernement flamand aura apporté 411 millions d'euros au total, au lieu des 361 millions prévus. Pour 2009, et les 800 millions au total attendus des entités fédérées, cela viendra en son temps, j'en suis sûr.

Votre gouvernement va-t-il durer ? Passera-t-il le cap des élections régionales de juin 2009 ?

Je travaille pour la législature.

On pourrait aligner les élections à ce moment-là, remettre les compteurs à zéro…

En cas d'élections anticipées au fédéral, il y a un moteur qu'on remettrait à zéro, celui du pays !

Quelles leçons tirez-vous de cette crise, de sa gestion ?

Dans la rapidité de l'action, parfois peut-être eût-il fallu impliquer davantage toutes les composantes de la coalition… Mais ce n'était pas toujours possible. Quand on est au téléphone avec Sarkozy à 5 heures du matin, et qu'il faut trancher… Je mets ma main au feu : 95 % des décisions qui ont été prises étaient les bonnes. Pour l'épargnant, pour les clients, pour le personnel des banques. Et c'est une crise plus importante que celle de la dioxine !

Vous êtes fier de votre action ?

Fier de ce qu'on a fait pour la défense des intérêts des épargnants, comme des commentaires reçus au conseil européen…

Tout ça avec Didier Reynders. Ça s'est bien passé ?

Il a très, très bien fait son job.

Personne dans la coalition n'a joué dans le dos ?

Jamais.

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