Embedded with Yves Leterme
23/10/2008
Trois jours dans les pas du Premier ministre entre Reykjavik et Québec. Où il est question de petites cuillères, de la banque Kaupthing, de Blackberry. Et d'Anne-Marie Lizin.
Source: La Libre Belgiquerécit martin buxantEt alors ? Jean-Luc et Celie collectionnaient les coqs, Guy amassait l'huile d'olive et le vin italien, Yves et son épouse, eux, récoltent les petites cuillères.Il est là, votre Premier ministre, à la sortie d'un petit restaurant italien du vieux Québec, ce samedi par un début d'après-midi froid, cassant, mais ensoleillé. Il s'est enfilé une bière locale et se paie une petite session de tourisme, à pied, SVP !, les limousines rutilantes en seront pour leur frais. C'est l'entracte qu'il s'offre alors qu'il assiste à son premier sommet de la Francophonie. Ne cherchez plus les habits de Premier, les voici. Lui le combattant de la Flandre, lui qui fut portraitisé un soir de juin 2007 avec des lions rugissants en arrière-plan, le voilà représentant de la Belgique francophone en terre canadienne, pardon québécoise. Et ça l'étonne. Et ça l'amuse. Et il se prend au jeu.Il fait donc quelques pas dans Québec. S'arrête devant une vitrine – au Québec, on prononce : "magasiner”. Et en ressort après avoir acheté une petite cuillère ornée de l'écusson québécois. Il s'enquiert des résultats du Standard. "A quelle heure joue-t-il, d'ailleurs, le Standard ?” Puis s'amuse de la ressemblance frappante entre son guide québécois et… le footballeur Charly Musonda – étoile zambienne qui fit les beaux jours du Cercle de Bruges et d'Anderlecht fin des années 80.Vendredi, 15 h, aéroport militaire de Melsbroek. Yves Leterme est assis dans l'un des quatre fauteuils en cuir bleu du Falcon 900 de la Défense. Seuls le Premier et la famille royale ont la possibilité d'utiliser cet appareil gracieusement – les autres ministres doivent payer. Javier Solana (Union européenne) et Jaap De Hoop Scheffer (Otan) louent de temps à autre ce petit avion. Où le service est cinq étoiles. A bord, les deux stewards proposent l'apéro maison – vodka, shweppes agrumes –, et le Premier s'y essaye avec plaisir. C'est que sa santé va mieux, merci pour lui. Mais où sont ces fameux coups de fatigue pour lesquels on le moquait ? Il dort (très, très) peu. Il a aligné les nuits de négociation, a volé au secours de Fortis, de Dexia, d'Ethias. Et se borne à dire : "Avec Didier, nous avons bien travaillé.” Il prend (toujours) quelques médicaments, et parfois les oublie dans la soute. Mais peut compter sur la vigilance de ses proches collaborateurs pour le tirer d'affaire. Là, l'un d'entre eux a une tablette de secours en cabine. "Si je mourais, pouffe Leterme, ça ferait trop plaisir à la presse.” Paranoïaque ? Non, disons, méfiant.Reykjavik, vendredi, 18 h (GMT - 1 h). Le Falcon, en route vers le Canada, a fait un crochet par l'Islande – histoire d'évoquer le sort des épargnants belges pris dans la tourmente Kaupthing. La "guest-house” du Premier ministre islandais Geir Haarde est poussiéreuse, encombrée d'un mobilier rappelant le plus kitsch des années 1950. En compagnie de quelques conseillers, à huis clos, l'Islandais a expliqué aux Belges combien la situation de son pays était catastrophique. Et leur a confié qu'après les Russes, c'était au tour des Iraniens de vouloir voler au secours de l'économie islandaise. L'offre de service a été prudemment repoussée par Reykjavik."C'est un peu délicat, concède-t-on dans l'entourage du Premier ministre belge. Nous débarquons ici en Islande pour régler nos petites affaires alors que le château de cartes islandais s'effondre entièrement.” "C'est impressionnant, relève pour sa part Leterme. Pensez qu'ici, il y a quelquesYves Leterme, Blackberry à la main, photographie le château Frontenac, lors de sa visite de deux jours à Québec. Le point de vue sur le Saint-Laurent, de la citadelle de Québec, est imprenable. Et le Premier n'a pas voulu manquer cela...