Discours à l’occasion de l’ouverture de la Semaine de la Mer
25/04/2008
C’est toujours un must de passer un week-end ou une semaine à la mer au cours de l’année. Il suffit de regarder ce qui se passe sur nos autoroutes, à l’aube d’un week-end prolongé ou de vacances scolaires intermédiaires.
La mer a un pouvoir d’attraction car le concept de mer est lié à celui de nature et que l’être humain, pour se détendre, est à la recherche de nature. Cette force d’attraction « naturelle » de la mer agit souvent de manière inconsciente. Bon nombre de gens ne perçoivent pas que le cœur battant de la mer est la nature, puisqu’un séjour à la côte a aussi quelque chose de cosmopolite.
C’est dès lors une idée plus que louable de placer le projecteur, chaque année, lors de la Semaine de la Mer, sur la nature et l’environnement du littoral et d’attirer l’attention sur cet exceptionnel biotope qu’est la région côtière.
Une mer ressemble à une étendue infinie de vide et de calme, seulement interrompus par un bateau dans le lointain et le bruit des vagues. Mais les apparences sont trompeuses. La mer, et en particulier notre mer du Nord, est toujours en activité. La mer est une histoire complexe.
La mer est une histoire sociale complexe. Cette histoire sociale de la mer, c’est, d’une part, l’histoire d’une activité humaine multiforme : citons notamment les pêcheurs, les dockers et les personnes actives dans le secteur du tourisme… Cette histoire sociale est, d’autre part, l’histoire du cosmopolitisme de la population de nos communes côtières, composée d’habitants originaires de la région, de nouveaux arrivants, de résidents à temps partiel, de touristes d’un jour ou de plus longue durée.
La mer, c’est également une histoire économique complexe. Notre mer du Nord déborde d’activités. L’on assiste à un va-et-vient de navires qui quittent nos ports ou y pénètrent, des excavatrices y remontent du sable et du gravier pour la construction, des filets y capturent une partie de notre alimentation, des pipelines y puisent du gaz et du pétrole vers le continent. Sans oublier évidemment le secteur du tourisme. Bientôt, les éoliennes transformeront également le vent qui agite les vagues en énergie verte. Je viens d’octroyer l’habilitation et le permis pour la construction et l’exploitation du parc à éoliennes off-shore sur le Thorntonbank, l’un des trois parc érigés en mer du Nord belge.
Pour conclure, la mer est une histoire écologique complexe, où toute atteinte à l’équilibre entraîne de sérieuses conséquences, même si elles sont invisibles à l’œil nu.
La mer recouvre donc des éléments sociaux, économiques et écologiques. La Semaine de la Mer veut non seulement que les gens ressentent le caractère unique de notre zone côtière mais elle entend également démontrer que nous devons concilier ces trois composants. Ce n’est qu’alors qu’ils se fonderont en un ensemble durable.
Le social, l’économique et l’écologique, sont d’ailleurs les trois piliers du développement durable. Ces trois piliers sont désignés dans la littérature consacrée au développement durable par les trois P : People, Profit, Planet.
Comme vous le savez, la compétence fédérale en matière de “mer du Nord” relève de mon ensemble de tâches ministérielles. Cette compétence concerne la protection du milieu marin. En qualité de ministre en charge de la mer du Nord, je tiens à mettre l’accent sur ce développement durable. C’est la raison pour laquelle j’ai fondé ma politique sur la coordination des trois dimensions précitées, à savoir, le social, l’économique et l’écologique. C’est vrai, la mer du Nord est un lieu de détente, une source de revenus et une réserve de vie. Telles sont ses richesses. Ces trois fonctions sont intimement liées.
Toute “gestion durable de la mer du Nord” doit donc viser la conciliation et le renforcement des valeurs sociales, économiques et écologiques de notre mer du Nord. Toutes trois sont, en effet, d’une valeur inestimable pour l’ensemble du pays et pour les gens de la côte. La durabilité est la clé de notre avenir.
Je compte, parmi mes missions politiques, les missions suivantes :
premièrement : harmoniser notre réglementation nationale avec la réglementation internationale et européenne relative au milieu marin. C’est dans cette optique que nous participons à la concertation internationale et européenne ;
deuxièmement : collaborer avec tous les acteurs, notamment en prenant part à la concertation au sein de la structure de Garde côtière qui rassemble toutes les autorités ayant la mer du Nord dans leurs attributions ;
troisièmement : prévenir et limiter la pollution, les dégâts ou les atteintes environnementales causés au domaine maritime. Le contrôle est effectué via des vols d’hélicoptères et d’avions et des images satellites.
quatrièmement : veiller à l’impact des activités en mer en vue de la protection des espèces vulnérables et des habitats écologiques importants. Cette surveillance est assurée par le Belgica, un navire du SPP Politique scientifique, avec le soutien de la Marine.
J’aimerais m’arrêter un instant sur trois actions politiques : Fishing for Litter, nos zones marines protégées et le Protocole B-Hunters.
Tout d’abord : Fishing for Litter, est un projet né de la déclaration de Göteborg de mai 2006 et concerne les déchets que les pêcheurs récupèrent dans leurs filets. Les déversements clandestins de déchets, provenant de la pêche et de la navigation, sont un problème pesant sur le milieu marin. Le projet prévoit notamment de remettre aux pêcheurs des sacs, “Big Bags”, afin qu’ils puissent collecter les déchets et les ramener à quai, là où ils seront ensuite emportés.
Ensuite : la Belgique gère cinq réserves naturelles en mer. Il s’agit de zones marines protégées où vivent des espèces ornithologiques menacées ou qui ont une vie au sol précieuse . Cette année, des plans stratégiques sont élaborés pour les quatre zones marines protégées les plus importantes. Ceux-ci doivent assurer des conditions favorables de préservation et de réhabilitation de ces zones. Au début du mois de mai, l’avant-projet des plans stratégiques doit être prêt, après quoi toutes les parties prenantes, y compris la pêche et la navigation, seront invitées à collaborer à la suite de la concrétisation. La finalisation doit intervenir pour le mois d’octobre.
Troisièmement : Cet après-midi, à Coxyde, j’ai signé le protocole B-Hunters, en tant que ministre de la mer du Nord et en compagnie de mon collègue Pieter de Crem, ministre de la Défense. Ce protocole régit le soutien apporté par la Défense au Service public fédéral Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement, destiné à la détection de pollution marine, en particulier de déversements illégaux. Les avions sans pilotes B-Hunters de la Défense effectueront des vols de reconnaissance de longue durée, sans préavis et à intervalles irréguliers, au-dessus de la mer du Nord ; ce qui leur permettra de prendre des photos et de réaliser des enregistrements de vastes zones de la mer du Nord. Pour les missions visées par le protocole d’accord signé ce jour, les B-Hunters opéreront depuis la base aérienne de Coxyde.
C’est également en qualité de ministre en charge de la mer du Nord que je puis aujourd’hui déclarer ouverte la « Semaine de la Mer ». Lorsqu’autrefois, par beau temps, les petits enfants cassaient les oreilles de leurs parents pour aller à la mer, ces mêmes parents répondaient, pour mettre un terme à cette rengaine, : « La mer est fermée. » Je suis heureux de pouvoir annoncer aujourd’hui : « La mer est ouverte. » C’est donc avec plaisir que je déclare ouverte la Semaine de la Mer.
Yves Leterme