Discours du premier ministre Yves Leterme à Dinant
06/06/2008
Nous avons visité cette après-midi bien des endroits prometteurs, des projets d’avenir. Pourtant, je vais débuter par un petit regard en arrière.Dinant me rappelle mon enfance : cette ville a été pour moi une destination de voyage scolaire ; c’était également un endroit où nous nous rendions en famille. Le Dinant de mon enfance, c’était d’abord grignoter une « couque de Dinant », et puis monter à la citadelle, admirer le rocher Bayard et son passage étroit, acheter une chope de bière en souvenir. Sur le plan sportif, je me souviens aussi du championnat du monde de cyclisme de 1975, non loin d’ici à Yvoir. Malheureusement, Hennie Kuiper avait alors devancé Roger De Vlaeminck… Mais ce fut tout de même le meilleur résultat de De Vlaeminck en championnat du monde ! Aussi, je savais déjà que Dinant avait des points communs avec ma ville. Nous nous le sommes rappelés à l’instant, au Mur Tschoffen, où s’est joué un drame parmi les plus mémorables et dramatiques du conflit de 1914-1918. Dinant, tout comme Ypres, a beaucoup souffert lors de la Première Guerre mondiale, ce sont des choses qui rapprochent, encore aujourd’hui. Mais Dinant, c’est plus qu’un lieu de tourisme et d’histoire : ce sont diverses localités qui, rien que par leur nom, sentent bon le terroir : Anseremme, Bouvignes-sur-Meuse, Dréhance, Falmagne, Falmignoul, Furfooz, Lisogne, Thynes, Sorinnes et Foy-Notre-Dame ; tout cela représente un peu plus de 13.000 habitants… Ce qui fait de Dinant une ville de taille modeste, mais Dinant n’en a pas moins un rayonnement mondial. Dinant a, en effet, vu naître au moins deux personnages de renommée mondiale : Dominique Pire, prix Nobel de la Paix, et bien-sûr Adolphe Sax, l’inventeur du saxophone. Ces deux personnages sont très différents, vous en conviendrez, et pourtant ils ont tous deux contribué à l’harmonie : à l’harmonie sociale pour le père Pire et ses Iles de Paix, à l’harmonie musicale pour Adolphe Sax et son saxophone.
Leur contribution à l’harmonie ne devrait pas nous étonner, car tout qui visite Dinant aura remarqué l’harmonie: les rues de cette ville pittoresque serpentent harmonieusement entre eau et rochers. Ville et paysage sont en parfait accord. Et il en va de même pour la vie socio-économique. Dinant respire le calme et, dans le même temps, bouillonne d’activité : plus de soixante pour cent des activités économiques proviennent des PME et du commerce.
C’est peut-être l’une de nos principales caractéristiques, à nous les Belges : nous sommes en quête d’harmonie. Ne comptez pas sur moi pour vous affirmer que dans notre pays, tout se déroule sans anicroche… Mais, malgré tout, nous finissons toujours par trouver cette harmonie, même si on préfère l’appeler “compromis”.
Nos relations socio-économiques sont particulièrement harmonieuses. Nous préférons le modèle de la concertation à celui du conflit. C’est pourquoi nous entretenons le plus efficacement possible les contacts avec les partenaires sociaux et entre eux. Ce que l’on a fini par appeler le modèle « rhénan » n’a pas été inventé dans notre pays mais il y trouve peut-être sa meilleure traduction en termes de concertation et de sécurité sociale solide. Je suis un fervent défenseur de ce modèle rhénan. C’est la marque de fabrique de notre société européenne, c’est un acquis essentiel que nous devons adapter au nouveau contexte économique d’un monde globalisé.
Dans cet environnement mondialisé, la Belgique doit se faire remarquer comme lieu d’investissements étrangers. C’est l’essence même de la campagne « Invest in Belgium » : valoriser nos atouts dans ce cadre global. Je n’en cite qu’une dizaine :1. la quête de l’harmonie dans nos relations socio-économiques ;2. le dynamisme et la capacité d’entreprendre de notre population ;3. la situation géographique de notre pays au cœur de l’Europe ;4. la logistique performante et nos infrastructures de qualité ;5. le fait que plusieurs rapports internationaux, dont celui de l'Organisation Internationale du Travail, ont mentionné que les Belges sont parmi les travailleurs les plus productifs au monde ; 6. la constatation unanime des experts que la Belgique possède la plus grande concentration de matière grise en Europe ;7. notre multilinguisme ;8. le caractère ouvert de notre économie ; 9. les procédures particulièrement rapides pour le lancement d’une entreprise ;10. nos mesures supplémentaires pour attirer des investisseurs étrangers, comme la « déductibilité des intérêts notionnels ». Celle-ci signifie que les sociétés sont autorisées à déduire fiscalement un coût fictif de leur fonds propres. Grâce à cette déduction des intérêts notionnels, la Belgique s’est repositionnée en tant que terre d’investissement attractive. Ce système de déduction des intérêts notionnels sera maintenu et s’applique à toutes les sociétés, qu’elles soient nationales ou étrangères, qu’il s’agisse de grandes entreprises ou de PME, pourquoi pas dinantaises. Les comptables et experts-comptables le savent très bien et sont capables de valoriser cet avantage.
L’accueil des investisseurs étrangers est primordial. On peut déjà leur offrir une bonne Leffe à leur arrivée , mais pour le reste… l’on pourrait imaginer d’établir un bureau d’investissement, d’après le modèle irlandais largement plébiscité, l’IDA : The Irish Development Authority, un point de contact unique pour les candidats-investisseurs étrangers. Je suis en effet convaincu que cette approche, qu’on appelle le « one stop shop », est la bonne.
Notre économie dépend aussi beaucoup de l’innovation. Dans cette ville qui a vu naître un des concepteurs d’instrument parmi les plus ingénieux au monde, il me semble bon de le rappeler : en 1846, alors qu’il habitait à Paris, Adolphe Sax parvint à faire breveter son invention, le saxophone. Les brevets sont importants. Aujourd’hui plus encore qu’hier. C’est la raison pour laquelle un nouveau régime favorable a été introduit qui s’applique exclusivement aux revenus issus des brevets et licences de protection additionnelles. Grâce à cette déduction, les revenus issus de certains brevets demeureront exonérés d’impôts jusqu’à concurrence de 80 %.
Adolphe Sax fait la fierté de la Belgique et de Dinant en particulier. Il doit encore nous servir aujourd’hui d’exemple et de symbole : c’est à force d’innovation que l’on conquiert le monde. A l’école et dans la rue, Adolphe Sax était connu à Dinant comme “le petit Sax”. Pourtant, il fut un grand homme. Sur la carte du monde, notre pays n’est que “la petite Belgique”. Mais Sax nous apprend que celui qui est petit, peut aussi être un grand. Il nous en donne la preuve encore ce soir. Un peu plus loin sur la Meuse, le Festival international de jazz débute à l’instant-même à Liège. Tout le week-end, des musiciens du monde entier joueront notamment sur des sax’ de toute taille, du soprano au baryton. Une belle preuve de vivacité !
Enfin, pour revenir à Dinant, , j’en appelle à son Saint-Patron, qui s’appelle, si je ne m’abuse, Perpetuus (en latin). Perpetuus, cela veut dire “perpétuel”, “permanent”. C’est le meilleur que je puisse souhaiter à cette région : un essor perpétuel et beaucoup d’« Invest in Dinant »… en parfaite harmonie.
Yves Leterme