Au terme de trois jours de concertation dans le cadre de l’OTAN, je constate que personne n’est perdant.
05/04/2008
Mes conclusions quant au Sommet de Bucarest
Chaque pays a pu exprimer clairement et sans détours son point de vue. De manière toujours argumentée. Tous les Etats membres, y compris les pays invités, ont écouté. Un dialogue respectueux qui a débouché sur des conclusions. Voici un aperçu de mes conclusions.
1° “Celui qui parle est entendu”L’OTAN est une organisation militaire ayant un processus décisionnel politique fort et démocratique. J’ai été agréablement surpris par le fait que tous les collègues exprimaient avec franchise l’opinion de leur gouvernement. Ce qui n’a toutefois jamais rendu impossible la recherche d’un point de vue commun. Car une chose est sûre : l’OTAN veut être le garant de la sécurité de tous les ressortissants de tous les Etats membres. On ne soulignera jamais assez l’importance de cette solidarité – militaire et diplomatique – collective.
Certains s’expriment parfois avec condescendance, voire avec un certain mépris, quant au rôle de notre pays. Eh bien ils ont tort. Les positions du gouvernement belge ont été clairement écoutées. Le fait qu’avec l’Allemagne et la France, les pays du Benelux ont souvent partagé le même point de vue et agi de concert constitue un signal fort. Les pays rhénans ont une voix et peuvent eux aussi influencer les décisions !
2° “Une attitude ouverte accompagnée d’accords clairs débouche sur la meilleure collaboration”
Il avait été préalablement affirmé que le président américain voulait mettre un point d’honneur à réaliser ce qu’il décrit comme une Europe libre et unie. Il a raison. Après la chute de l’ancienne Union soviétique, l’Otan, tout comme l’Union européenne, a ouvert les portes. Sur la base d’accords clairement contrôlables, de nouveaux Etats membres ont pu collaborer à la recherche de la sécurité collective et en profiter. Dans le respect.
Au nom du gouvernement belge, j’ai souligné que chaque pays avait le droit de rechercher l’adhésion à l’OTAN. C’est à nous, au sein de l’OTAN, qu’il appartient de décider d’admettre ou non ces pays, et quand ils pourront l’être, sans pression ni veto émanant tant de l’intérieur que de l’extérieur. Les présidents russe et américain ont bien compris cela.
Je comprends fort bien le sentiment du grand voisin russe, qui doit aujourd’hui constater que des pays qui étaient jadis ses alliés prétendent à présent devenir membres de l’OTAN.
Avec l’invitation d’adhésion de la Croatie et de l’Albanie, l’alliance comptera bientôt 28 pays. Et lorsque la Macédoine et la Grèce pourront résoudre le litige qui les oppose au sujet de la dénomination de la Macédoine, l’OTAN sera forte de 29 Etats membres.
Et pourquoi pas l’Ukraine et la Géorgie ?
Au sein de l’OTAN a prédominé le sentiment selon lequel le commencement immédiat d’un processus devant mener à l’adhésion était venu trop tôt. Ces pays ne paraissent pas encore prêts pour cela. Au nom du gouvernement belge, j’ai adopté ce même point de vue. Avec les collègues du Benelux ainsi que ceux de la France et de l’Allemagne, nous avons pu élaborer au sein de l’OTAN un compromis par le biais duquel un signal clair et, comme je l’attends, chargé d’espoir a été envoyé en direction de ces deux pays.
3° “Pas de bien-être sans sécurité”La solidarité, cela s’exporte. Des troupes de l’OTAN sont actuellement actives en Afghanistan. Des militaires belges se trouvent également sur place, avec un objectif unique : assurer la sécurité de tous les hommes, y compris de ceux qui se trouvent chez nous. Au demeurant, des résultats tangibles sont là : plus de 5000 km de routes nouvellement aménagées et sûres, plus de 7 millions d’enfants – dont 2 millions de filles - qui fréquentent régulièrement l’école, davantage de chances pour les femmes. Ensuite, la culture de l’opium a pu être réduite et la situation a été considérablement améliorée sur le plan de la sécurité. Actuellement, l’Afghanistan est un endroit bien moins attrayant pour les terroristes. Et ces développements sont aussi importants pour la sécurité de nos sociétés !
C’est dans cette évolution, qui débouche sur la restitution progressive aux Afghans de leur administration, que je souhaite investir. A terme, elle nous permettra d’entamer le retrait de nos troupes d’Afghanistan ; telle est l’ambition de mon gouvernement et je l’ai fait clairement comprendre à nos alliés. Dès que la sécurité sera assurée, nous pourrons investir dans le bien-être, dans la construction du pays. Et pour cela, nous n’avons pas besoin de soldats. Non, ce qu’il faut, c’est inciter des entrepreneurs et des investisseurs à apporter une aide économique internationale, entre autres.
4° “ Il est toujours plus aisé de guetter ce qui se passe de l’autre côté” Le débat relatif à un bouclier anti-missiles de l’OTAN est un débat difficile et pénible. Ce bouclier est-il réellement indispensable ? Et si oui, est-il efficace et en vaut-il le prix ?
Cette question, ainsi que d’autres questions qui sont également justifiées, ne doivent toutefois pas être une raison pour faire comme si de rien n’était dans le monde, comme si aucune menace ne pouvait survenir en Europe. Pour avoir l’autre côté à l’œil. Pour moi, faire de la politique ce n’est pas uniquement faire des choix. C’est également être responsable et rendre des comptes. Et cela signifie que nous devons faire des choix sur la base du dossier le plus complet qui soit.
Je fais partie de ceux qui prennent au sérieux la menace terroriste dans le monde. Seuls, et je suis en cela de nombreux collègues, nous ne pouvons aujourd’hui apporter de réponses aux questions telles que quoi, quand, comment, à quel prix, tout le monde sera-t-il protégé ? Le dossier n’est pas encore complet
C’est pourquoi, au nom du gouvernement belge, j’ai déclaré qu’en plus notamment de la voie diplomatique comme moyen de faire face à la menace éventuelle, un bouclier anti-missiles pouvait aussi faire l’objet d’une discussion. Mais, bien sûr, uniquement lorsqu’il aura été répondu à toutes les questions. L’improvisation n’a pas sa place ici !